Mozart : La Clemenza di Tito (N. Harnoncourt)

5117fnBdftL__SX450_Avant dernier (par la date de création) des vingt deux opéras de Mozart, La Clemenza di Tito souffre certainement d’être entourée par deux œuvres qui la surclasse : Cosi fan tutte et Die Zauberflöte. Pourtant il serait fort dommage de s’appuyer sur ce constat pour justifier une quelconque négligence d’attention à son endroit. Avec La Clémence, Mozart revient à un genre qu’il a déjà fréquenté avec Idomeneo, Lucio Silla, et Mithridate mais qui vit alors ses dernières années : l’opéra seria et ses héros antiques aux coeurs sensibles, ses da capo souvent endiablés et ses happy end obligées. Car enfin … il faut bien l’avouer : tout ce que l’opéra seria contient d’invraisemblances, de psychologie stéréotypée et de rigidités réglementaires, c’est aussi tout ce qui fait son charme.

Vitellia, éprise de l’empereur Titus, apprend que ce dernier va en épouser une autre : Bérénice. Folle de rage, elle ordonne à Sextus, qui n’aime qu’elle, de la venger. Comme il se doit, Sextus est un grand ami de Titus … Mais c’eut été encore trop simple : Titus change d’avis en jettant son dévolu sur Servilia. Cette dernière déjà amoureuse, le supplie de revenir sur sa demande. Titus, qui n’est pas de glace, se résout finalement à épouser Vitellia. Tout pouvait se terminer du mieux possible … mais celle-ci n’étant pas au courant des choix du coeur impérial, demande à Sextus d’incendier le Capitole. Titus échappe miraculeusement à la mort. Sextus est arrêté puis condamné à mort après avoir avoué son crime. Au nom de leur amitié, l’empereur romain essaye de sauver Sextus en le faisant venir chez lui pour s’expliquer . Sextus endosse toute la responsabilité du crime pour épargner son aimée. Titus finit par signer l’arrêt de mort, avant de se raviser. Vitellia, apprenant le courage, avoue tout son complot. Titus gracie les deux accusés, dans une vaste ovation populaire.

C’est entendu, La Clemenza di Tito, n’est pas à la hauteur de la triologie dapontienne. Mais ce seria n’en reste pas moins un authentique chef d’oeuvre, à commencer par son ouverture. Des duos très réussis comme Ah, perdona al primo affetto ou encore des airs mémorables comme Parto, parto ou Se all’impero (entre autres) donneront d’évidence l’envie de reécouter cette oeuvre.

Bizarrement, on ne peut pas dire que les versions au disque se bousculent dans les bacs. Une des plus facilement disponibles grâce aux rééditions économiques Teldec est celle de Nikolaus Harnoncourt (au CD). Il se trouve qu’elle est tout à fait recommandable : tempi vifs sans être précipités et orchestre plutôt léger sans être inconsistant, le tout avec une équipe vocale, homogène et convaincante, à commencer par le Titus de Philip Langridge.

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5 réponses à Mozart : La Clemenza di Tito (N. Harnoncourt)

  1. DavidLeMarrec dit :

    C’est tout simplement la meilleure version au disque, tout y est ; drame, énergie, belles voix ; approche du phrasé plutôt « baroqueuse » mais son généreux et charnu. La seule version qui puisse rivaliser, à mon sens, est celle de Wentz chez Brilliant, mais contrairement à Harnoncourt, ce n’est pas issu de représentations, et les récitatifs sont très figés malheureusement.

    Mais ce disque Harnoncourt est l’un de ceux auxquels je reviens le plus souvent de toute ma discothèque.

    D’ailleurs, je ne suis pas forcément d’accord : techniquement, ça ne va pas aussi loin que les Da Ponte (encore que le final du I…), mais en matière de climat et d’inspiration mélodique, on est au moins aussi loin.
    Au fil des années, j’ai un peu l’impression d’avoir épuisé le plaisir d’écouter Don Giovanni et les Noces, mais la Clémence, au contraire, je l’écoute avec toujours plus d’admiration.

    Tu verras quand tu seras grand.

  2. admin dit :

    🙂

    Don Giovanni reste pour moi totalement intouchable. Les Noces d’avantage, mais enfin quand même … ça reste les Noces ! Cosi aussi me semble au dessus. Mais bon je place très haut ces 3 opéras, donc ce n’est pas franchement péjoratif pour le Clémence.

  3. DavidLeMarrec dit :

    Je ne dis de toute façon pas que la Clémence serait supérieure (musicalement, Don Giovanni et les Noces sont très difficiles à approcher), mais qu’elle est pour moi aussi intense (voire davantage) à écouter.

    Au passage, votre productivité n’est plus ce qu’elle était…

  4. admin dit :

    Moi je parle des deux ^^.

    Pour ce qui est de la productivité … hélas je suis totalement submergé :/

  5. Biard Hélène dit :

    La clémence de Titus a autant à dire que Don Gio ou Cosi. La comparaison me semble cependant difficilement tenable dans la mesure ou Don Gio est un dramma giocoso et Cosi une comédie douce amère là ou Tito est un opéra sério.

    D’autre part il y a dans Tito nombre de mélodies fabuleuses dévolues à chaque personnage (dans Les noces par exemple certains personnages n’ont pas cette chance (Antonio n’a pas d’aria alors que Basilio en a un, souvent coupé certes, mais Mozart ne l’avait pas oublié).

    Il faut bien admettre qu’Harnoncourt a réalisé un tour de maitre avec ce studio. Et en invitant le regretté Philipp Langridge pour le rôle titre, il a classé sa version direct dans la catégorie Références.

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