Haendel : Theodora (W. Christie)

41A6F3-om4L__SL500_AA300_« De lui je puis encore apprendre » aurait déclaré Beethoven au sujet de Haendel. Il n’est pas le seul. Pour nous, simples mélomanes, il ne s’agit pas comme Beethoven le dit de percer les mystères de sa musique, mais simplement de constater que sa musique nous apprend ou du moins nous communique la joie, celle du dépassement des passions menant à l’extase. Aucune autre œuvre de Haendel peut être, ne nous l’apprend aussi bien. Parlant de la martyre chrétienne du IVième siècle Théodora, il serait faux cependant de croire que le sujet de cet oratorio est la seule cause de la hauteur spirituelle de l’œuvre. Il s’agit tout au plus d’un support de départ, et il faut tout le génie musical de Haendel pour y parvenir. La partition regorge en effet de tempi extatiques, de lignes mélodiques méditatives et donne l’ impression d’une parfaite osmose avec la langue anglaise. Il s’en dégage une lumière bien particulière : pas celle qui aveugle ni celle qui se contente d’être brillante, mais celle qui plus discrète, moins uniforme, plus durable, n’en est finalement que plus éblouissante.

Simplicité, raffinement et profondeur sont parfaitement réunis par Haendel. Le raffinement de sa musique explique très certainement l’échec de l’œuvre à sa création en 1750, et même lors des peu nombreuses reprises. Ca ne sera pas sans peine pour le compositeur, car il considéra cette œuvre comme sa meilleure.

Sous l’autorité de l’empereur Dioclétien, à Antioche, la répression contre les chrétiens atteint des sommets. Theodora, jeune chrétienne est arrêtée pour être prostituée. Le centurion Didymus est pris d’empathie, puis d’amour pour Theodora, commettant la faute capitale de libérer Theodora. Dydimus arrêté et condamné à mort sera rejoint par Theodora pour mourir avec lui.

On ne peut s’ennuyer tant l’inspiration de Haendel est grande dans cette œuvre, malgré ses 3 heures 20. Si il fallait malgré tout en retenir des moments plus intenses ce sont surtout les airs d’Irène (dont le As with rosy steps the morn, ici montré), qui nous saisissent le plus. Le rôle titre n’est pas en reste de sublime avec Angels, ever bright and fair ou encore With darkness deep. La partie de Didymus vous émouvra aux larmes dans son The raptur’d soul et son Deeds of kindness to display. Les chœurs semblent une spécialité d’Haendel tellement que sa musique y paraît naturelle et évidente (et Theodora n’y fait pas exception). Même les airs du ténor, habituellement plutôt sacrifiés par le compositeur sont tous d’une grande beauté, à commencer par Descend kind pity.

L’enregistrement qui nous concerne est un live du festival de Glyndebourne 1996. Il s’agit de la parution CD d’un spectacle déjà disponible en DVD. Ce ne sera pas faire injure au metteur en scène Peter Sellars que de dire que cette œuvre aussi divinement interprétée se passe parfaitement de toute image. La prise de son n’est bien évidemment pas celle d’un studio, mais elle est très honnorable et nous fait gagner le naturel du live. William Christie est parfait de vie et de couleur. David Daniels nous enchante de son timbre toujours reconnaissable. Dawn Upshaw campe une héroïne fragile mais fortifiée par sa foi. Lorraine Hunt justifie à elle seule ce projet, tant elle trouve là son rôle idéal. Richard Croft comme à son habitude a l’élégance si nécessaire à ce répertoire.

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